Italie, du Piémont à la Toscane
La France est souvent citée comme le pays produisant les plus grands vins rouges et blancs. Il est vrai que nous avons la chance d’avoir beaucoup de microclimats et une géologie très variée et complexe pour un si petit pays et donc une diversité de vins importante directement liée à la multitude de cépages par région de production.
Cela est en partie vrai pour les vins blancs mais moins pour les vins rouges. En effet, depuis maintenant de nombreuses années, j’ai eu la chance de déguster beaucoup de vins français mais aussi étrangers grâce à des voyages à travers le monde.
Il y a un pays qui m’a toujours surpris et enthousiasmé par la qualité de ses vins rouges, c’est l’Italie. Que ce soit en dégustation plaisir entre amis, à refaire le monde ou en dégustation comparative à l’aveugle, les grands vins rouges italiens m’ont toujours ébloui par leur suavité, leur digestibilité et leur équilibre. Autant le bouquet de ces vins est délicat et envoûtant, autant les sensations organoleptiques n’en reste pas moins d’une extrême complexité et d’une réelle harmonie.
Je me devais absolument d’aller à la rencontre de ces vignerons et de leurs vins pour lesquels mes papilles ne me laisse jamais de marbre, afin de comprendre pourquoi, sous un climat aussi chaud, ces vins sont toujours aussi élégants et équilibrés.
Vignoble du Piémont
Le Piémont et une région absolument magnifique sur plusieurs points, tout d’abord par la beauté des paysages (comme vous pouvez le constater sur ces quelques photos) et par la gastronomie, nous ne parlerons même pas des truffes blanches d’Alba, mais juste de ses noisettes…mais restons concentrés sur le joyau qui nous intéresse ici, ses grands vins.
Ce vignoble situé de la chaîne des Alpes à la plaine du Pô est surtout reconnu pour le seigneur des vins d’Italie, le Barolo, issu du cépage nebbiolo, qui représente 1 285 ha. Mais ce cépage ne représente pas plus de 3% de l’encépagement du Piémont. Le cépage le plus repandu dans cette région est le barbera, suivi ensuite par le dolcetto pour les vins rouges. Pour les vins blancs le moscato domine la région, mais n’oublions pas un autre très beau cépage blanc l’arneis pour l’appellation Roero Arneis qui totalise un peu plus de 480 ha situés sur les collines ensoleillées qui donne sur le Tanaro (second cours d’eau le plus important du Piémont après le Pô).
Nous avons commencé notre découverte des vins du Piémont par une visite au domaine certainement le plus respecté du Piémont, le domaine Aldo Conterno à Montforte d’Alba. Ce domaine fut créé par Aldo qui était revenu des USA après cinq années passées outre-Atlantique à élaborer des vins avec son oncle. Aldo est revenu malgré lui en Italie retravailler au domaine familial créé au XIXème siècle. Après quelques années, Aldo a souhaité mettre en application les techniques plus modernes qu’il avait acquises aux USA. C’est pourquoi, en 1969, Aldo créa son propre domaine afin de donner une nouvelle impulsion à l’image qu’il avait du vin de Barolo, à l’époque un vin austère demandant 20 ou 30 ans pour être consommé !
Aujourd’hui, le domaine de 30 ha à une altitude d’environ 400 m est tenu par Giacomo et ses frères.
Dégustation des vins :
Barbera d’Alba Conca Tre Pile 2008 16,5/20
Vignes de barbera de 45 ans.
Macération de 10 jours en cuve acier et fermentation de 27 jours.
Elevage en fût neuf pendant 14 mois.
Alcool : 14,5 % vol.
Acidité : 6,2 g.
Nez : riche, profond sur des notes de mûres avec une puissance alcoolique modérée.
Bouche : attaque sur une très belle finesse, vin digeste et de grande gourmandise. Les fruits sont très mûrs mais aussi très délicats et frais, très belle longueur.
Barolo 2007 17,5/20
Vignes de nebbiolo de plusieurs parcelles.
Macération de 30 jours en cuve avec fermentation.
Elevage en cuve inox 5 mois et élevage en foudres de Slavonie de 25 hl pendant 27 mois.
Alcool : 15,45 % vol.
Acidité : 6,5 g.
Nez : note de fleurs type rose, violette, avec beaucoup de verticalité et de fraîcheur.
Bouche : la finesse domine ce vin du début à la fin de la dégustation, aucune austérité et l’ensemble est d’une grande élégance.
Barolo Colonello 2007 18,5/20
Vignes de nebbiolo de 70 ans, une seule parcelle produisant 5 200 bouteilles.
Macération de 30 en cuve avec fermentation.
Elevage en cuve inox 5 mois et élevage en foudres de Slavonie de 25 hl pendant 32 mois.
Alcool :15,50 % vol.
Acidité : 6,3 g.
Nez : beaucoup de concentration et une sensation de profondeur intense sur des notes de poivre vert.
Bouche : opulente et de grande structure tendue par une grande minéralité du sol riche en manganèse.
Barolo Cigala 2007 19/20
Vigne de nebbiolo de 40 à 45 ans, une seule parcelle produisant 5 300 bouteilles.
Macération de 30 jours en cuve avec fermentation.
Elevage en cuve inox 5 mois et élevage en foudres de Slavonie de 25 hl pendant 30 mois.
Alcool :15,50 % vol.
Acidité : 6,4 g.
Nez : nez extrêmement envoûtant sur les épices et le cèdre.
Bouche : l’attaque est de grande structure avec beaucoup de puissance et de nervosité. Notes de fruits noirs très mûrs et grande suavité en finale.
Barolo Grand Bussia 2005 19,5/20
Vignes de nebbiolo des lieux-dits Romirasco (70%), Cicala (15%), Colonnello (15%), avec une production de 3 960 bouteilles. Cette cuvée n’est produite que les meilleures années.
Macération de 30 jours en cuve avec fermentation.
Elevage en cuve inox 5 mois et élevage en foudres de Slavonie de 25 hl pendant 48 mois, puis 18 mois de remise en cuve et 12 mois en bouteilles
Alcool : 15,90 % vol.
Acidité : 6,4 g.
Nez : délicat, mêlant des notes d’évolution de sous-bois et de truffe, avec en fond de belle notes de fruits frais type groseilles.
Bouche : l’équilibre est absolument fabuleux, savoureux, délicat et cachant une puissance importante. L’aromatique est complexe passant des fruits frais aux herbes sèches.
L’équilibre le plus parfait de tous les Barolos du domaine, un vin de grande classe !
Un grand merci à Giacomo pour cette magnifique dégustation de toute la gamme et ses explications. La dégustation a montré des vins complexes où la précision et l’élégance dominent sur chaque cuvées.
La deuxième dégustation a lieu dans un domaine aussi très reconnu : Luciano Sandrone.
Dans ce domaine de 27 ha, l’élaboration des vins est dans un style un peu plus strict avec des vinifications plus modernes, des suivis de températures et des règles d’hygiène plus orientés œnologie interventionniste, parfois peut-être un peu trop restrictive pour la libre expression des vins. Mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de vins de grande qualité, notamment en ce qui concerne deux Barolos reconnus dans la région.
Après une visite complète du domaine nous avons dégusté l’ensemble de la gamme, encommençant par le Dolcetto d’Alba.
Ce vin est issu de ce cépage dolcetto et provient d’une vigne de 25 ans. Il révèle la typicité principale de ce cépage, une grande gourmandise et beaucoup de suavité. Les dolcettos sont des vins assez gouleyants, mais toujours avec des amers bien prononcés ce qui en fait des beaux vins d’été. Pour ma part, ce vin est de belle qualité et mérite le 14,5/20.
La suite de la dégustation nous amène sur le Barbera d’Alba 2009. Ce vin, issu de vignes de 30 ans sur sol sablonneux, dévoile des notes de boisé d’élevage encore assez apparentes certainement dues à un élevage avec 35% de fût neuf français de 500 litres. La bouche est concentrée, puissante, avec une très belle acidité donnant du mordant et du relief au vin, acidité tout de même de 6,5 g. 16/20.
Le troisième vin est la cuvée Valmaggione 2009 appellation Nebbiolo d’Alba. Cette cuvée, issue d’un terroir riche en sable et issu de vignes de 25 ans sur une magnifique parcelle (voir photo de gauche), laisse apparaître une couleur beaucoup plus claire, reflet du cépage nebbiolo. Le nez dévoile des notes de griottes fraîches et la bouche une structure tannique très présente sur une belle fraîcheur, mais la complexité gustative n’est pas encore présente pour ce vin. 15/20.
La dégustation d’un millésime 2005 de cette même cuvée nous a permis de constater une très belle évolution aromatique, ainsi qu’une complexité gustative intéressante, sur des notes de cacao, de sous bois et de fruits secs. Une confirmation une fois de plus que ce cépage demande quelques années supplémentaires de vieillissement afin d’exprimer toute sa grâce. 17/20.
Voici enfin la dégustation des deux grandes cuvées de Barolo du domaine qui font référence dans la région. Le premier est la cuvée Le Vigne 2007, issue de trois parcelles. La première est située sur Barolo avec une exposition ouest sur un sol argilo-calcaire et des vigne âgées de 20 ans, la seconde sur Novello, sol de marnes et calcaires de vignes de 25 ans et la troisième parcelle à Montforte d’Alba sur un sol de marnes-calcaire aussi, mais avec un vignoble âgé de 45 ans. La macération ce déroule entre 10 à 15 jours en cuve acier, la fermentation 28 jours en cuve acier aussi et l’élevage en tonneau de 500 litres français donc ¼ neufs pendant 4 ans et ensuite 20 mois en bouteille avant commercialisation. Le procédé de vinification est le même pour la cuvée Cannubi Boschis 2007.
La cuvée Le Vigne 2007 montre une belle couleur soutenue avec des reflets tuilés, le nez laisse entrevoir beaucoup de finesse et un bouquet aromatique complexe. La bouche livre une structure tannique importante en attaque, découlant sur une grande longueur avec une acidité très présente, 5,9 gr pour 14,4% d’alcool. Un très beau vin mais qui demande beaucoup de temps pour développer toute sa complexité. 18/20.
Pour ce qui est du Barolo cuvée Cannubi Boschis 2007, issu d’une seule parcelle le Cannubi, réputée pour la grande qualité de ses vins.
Il montre une couleur plus soutenue avec moins de reflets tuilés. Les arômes sont sur un registre plus lourd avec des fruits noirs et une pointe de gourmandise. La bouche est plus concentré et aussi plus compacte. Ce vin a moins d’élégance dans sa jeunesse mais laisse apparaître lui aussi un gros potentiel de vieillissement avec une acidité de 6 gr et 14.5% alcool. 17,5/20.
Les deux Barolos de ce domaine sont assurément des très grands, mais les élevages sont aussi très importants et laissent apparaître sur la dégustation des vins jeunes des traces de stress dues à la manipulation des vins et des bois marqués. Ces deux vins demandent quelques années pour pouvoir absorber l’élevage et ainsi dévoiler l’expression réelle de leur potentiel.
La troisième visite en Piémont a eu lieu au domaine Elio Altare.
Ce domaine a connu une révolution quand, conscient du besoin d’aller voir en dehors des frontières comment se faisait le vin, Elio effectua son premier voyage en Bourgogne en 1976. Ce fut pour lui une révélation, tout comme pour Aldo Conterno aux USA. Elio rapporta de ses voyages des connaissances et une autre approche de la vinification et de l’élevage, toujours dans le but de respecter au mieux la matière première et donc la libre expression des terroirs.
Le domaine a aujourd’hui 10 hectares dont 40 % de nebbiolo, 25 % de barbera, 5 % de cabernet-sauvignon et 5 % d’autres variétés…
Le vignoble est conduit en agriculture biologique, avec une densité de plantation de 4000 à6000 pieds hectare permettant de réaliser environ 60 000 bouteilles par an.
Dégustation des vins :
Dolcetto d’Alba 2010
Parcelles : La Morra et Dogliani.
Age des vignes : 20 à 40 ans.
Sol : calcaires dans certaines zones, mais aussi du sable.
Vinification et élevage : macération pelliculaire à température contrôlée 2 à 3 jours, élevage en cuve.
Très belle attaque sur le fruit et la gourmandise, l’acidité et les amers sont parfaitement équilibrés, révélant un beau vin de plaisir. 16/20.
Barbera d’Alba 2009
Parcelle : La Morra.
Ages des vignes : 10 à 30 ans.
Sol : calcaires et sable
Vinification et élevage : macération pelliculaire à température contrôlée 2 à 3 jours, passage en fûts de chêne français pendant 5 mois et ensuite en cuve.
Couleur sombre, nez concentré, dense sur les fruits rouges. Bouche sur une très belle attaque fraîche et vive, de belles notes de fruits laissent entrevoir une grande suavité. 17/20.
Langhe rosso La Villa 2007
Parcelle : La Morra
Cépages : 60% barbera et 40% nebbiolo
Sol : sables et tufeaux
Vinification et élevage : macération pelliculaire à température contrôlée 2 à 3 jours, vieillissement en fûts de chêne français (100% neuf) pendant 18 mois.
La couleur de ce vin est d’une grande profondeur, le nez nous plonge dans l’ambiance d’un grand Barolo, fruits à noyaux, cèdre et truffe sont au rendez-vous. La bouche est puissante et à la fois d’une très grande élégance, un vin absolument remarquable. 17,5/20
Barolo 2006
Parcelle : La Morra, Castiglione Falletto
Cépages : 100% nebbiolo.
Age des vignes : 20 à 30 ans.
Sol : argilo-calcaire
Vinification et élevage : macération pelliculaire à température contrôlée 2 à 3 jours, vieillissement en fûts de chêne français pendant 24 mois.
Le nez de ce vin n’exprime que de la finesse et de la suavité avec beaucoup d’intensité sur les épices. La texture du vin à la dégustation dévoile une grande minéralité accompagnée de beaux tannins présents et soyeux le tout sur des notes de truffes et de terre humide. 18,5/20.
Barolo Ceretta Vigna Bricco 2005
Parcelle : Serralunga
Cépages : 100% nebbiolo
Ages des vignes : 10 ans.
Sol : argilo-calcaire, marnes et grès.
Vinification et élevage : macération pelliculaire à température contrôlée 2 à 3 jours, vieillissement en fûts de chêne français pendant 24 mois et en bouteille en cave pendant 24 mois avant commercialisation.
Ce millésime est le premier pour cette cuvée, le vin montre une couleur soutenue avec de beaux reflets orangés. Les arômes qui se libèrent sont d’une extraordinaire complexité, mêlant des notes de sous-bois, de fleurs fanées et de truffe. La suavité du vin et l’équilibre dévoilent un vin parfaitement équilibré sur le niveau des textures et dirigé par une grande sapidité. 19,5/20.
Voici donc comment s’est achevé ce périple dans la région du Piémont à la découverte des secrets des vins de Barolo.
Après une semaine passé dans le vignoble du Piémont à arpenter les vignes et rencontrer les vignerons et surtout à travailler durement dans les bars à vins et chez les cavistes….ce que j’ai remarqué concernant les vins de Barolo c’est une nouvelle impulsion par rapport aux vins qui étaient élaborés il y encore une quinzaine d’années. Les vinifications actuelles sont plus soignées et les vigness mieux entretenues, donnant ainsi plus de place à l’expression des terroirs. Mais attention, nous avons aussi observé une course à l’œnologie outrancière et parfois rencontré des chais approchant la propreté de salles d’opérations.
Il est évident pour moi maintenant que les vins de Barolo font partie des plus grand vins rouges du monde. Ce cépage le nebbiolo, peut parfois être difficile à comprendre jeune car c’est un cépage de terre et de caractère qui trouve son équilibre phénolique à environ 15 % vol et 6,5 gr d’acididé. Mais détrompez-vous, jamais il n’est capiteux ou encore plus mordant quand il est vinifié dans les règle de l’art, c'est-à-dire en Barolo ou encore en Barbaresco. Car une des choses les plus importantes pour ce cépage est son élevage. C’est un vin qui a besoin de beaucoup de temps en cave pour se fondre et développer toute sa complexité aromatique. Nous avons remarqué aussi que beaucoup de vignerons en Italie comme Aldo Conterno utilise des foudres de chêne qui viennent de Slavonie (vaste plaine de forêts en Croatie, réputée pour la qualité de ses arbres), un bois qui à un grain très fin, créant une micro-oxygénation des vins très lente.
Voici ci-dessous un petit récapitulatif pour l’obtention de quelques appellations.
DOCG (Dénomination d'origine contrôlée et garantie) « AOC française »
Barbaresco DOCG
Vieillissement minimum de deux ans en cave soit un an au moins en tonneau (cinq années de vieillissement pour le Barbaresco Riserva).
Barolo DOCG
Vieillissement de trois ans dont deux en tonneau (cinq années pour le Barolo Riserva).
La deuxième partie de ce voyage en Italie nous amène en Toscane, plus exactement à Montepulciano.
Ici les paysages sont très différents, on a quitté les versants escarpés des montagnes pour un mélange de champs de blé avec des forêts, parsemées ici et là de vignes sur de belles collines. Ce n’est pas une légende, la lumière en Toscane est absolument magique.
Le nebbiolo a laissé place au sangiovese. Ce cépage, malheureusement connu pour sa médiocre qualité quand il sert à élaborer les mauvais chiantis que l’on trouve en France dans les pizzeria, est vraiment loin d’être ce cliché. Le sangiovese est dans cette région le grand cépage à l’origine de l’élaboration des grands Brunello di Montalcino, des Vino Nobile di Montepulciano mais aussi des Chianti Classico.
Justement, nous allons commencer cette exploration au sud de Sienne dans le beau territoire des Chianti, à Castelnuovo Berardenga au domaine Le Boncie. Ce domaine de 5 ha ,tenu par Giovanna Morganti est conduit en agriculture biologique depuis maintenant 1990.
L’élaboration des vins par Giovana est faite dans le plus grand respect du raisin mais aussi et surtout par un travail très méticuleux à la vigne, un vrai petit jardin.
Cette cuvée de Chianti Classico est issue de sangiovese mais avec aussi quelques rangs épars de cépages plus rares comme le colorino ou le mammolo qui peuvent se glisser dans cette cuvée. Ici le sol est constitué de gros blocs calcaires assez durs.
Les raisins sont transportés enpetites caissettes d’un maximum de 15 kilos jusqu’au cuvier.Après égrappage, la fermentation dure environ 20 jours dans des petites cuves de
chêne français ouvertes, âgées de 10 à 15 ans. L’élevage dure environ 26 mois, soit en barriques, soit en foudres de chêne d’environ 15 ans d’âge. L’objectif du domaine est de se diriger sur des élevages en foudres de Slavonie plutôt que des barriques, afin d’avoir un meilleur échange avec le vin. Les vins sont mis en bouteille à partir du mois de novembre deux ans après les vendanges, puis commercialisés. La production moyenne est de 55 à 65 hectos/ha, celle-ci pouvant descendre à 45 hectos.
Chianti Classico 2008
Ce vin étonne par la brillance et l’éclat de la robe. Le nez fin et délicat laisse entrevoir de belles notes de fruits rouges frais accompagnées de magnifiques notes d’épices, d’humus et de pruneaux en fond de verre. La bouche est de moyenne puissante, avec une structure tannique présente mais non dominante. L’acidité de ce vin est son point fort, car elle lui apporte la finesse, la fraîcheur mais aussi la digestibilité. Un vin qui fera merveille cet automne en accompagnant d’un beau pigeon de Bresse à défaut de la Toscane. 17/20.
Comme en France en Italie et d’ailleurs dans toutes autres régions viticoles dans le monde, il y a toujours un domaine qui sort du lot des producteurs de la région. Soit par son caractère, sa qualité ou encore, et souvent cela va souvent de soi, par son prix.
Pour la région de Montalcino et même de la Toscane le domaine qui répond à tous ces
critères est Case Basse Soldera. Le producteur de ce domaine est Monsieur Gianfranco Soldera. Il créa cette propriété en 1972 au Sud-Ouest de Montalcino dans un endroit perdu entre forêts et collines. Aujourd’hui le domaine compte 23 hectares mais uniquement 9 sont en production. Le cépage utilisé est bien évidement le sangiovese, car nous somme sur l’appellation Brunello di Montalcino. Le domaine est entièrement conduit en méthode biologique à l’image d’un petit jardin de passionné, un modèle pour la viticulture. Les sols qui composent le domaine sont des calcaires et des schistes situés en moyenne à 320 m d’altitude. Les rendements sont très faibles de l’ordre de 25 à 30 hl / ha.
La vinification
La macération et les fermentations ont lieu en cuves de bois de Slavonie de 138 hl, ouvertes avec remontage. La cave d’élevage des vins se situe à 14 mètres sous terre avec une température de 13°C et une hygrométrie de 85%. Les contenants sont des foudres de Slavonie de 25 hl à 85 hl de plusieurs années (assez vieux pour certains !). La période d’élevage dure entre 4 à 6 ans en foudre puis 6 à 12 mois en bouteilles avant commercialisation.
Nous avons dégusté deux millésimes sur foudre, le premier était le Riserva 2008.
La couleur de ce vin est tous simplement envoutante, couleur sombre, profonde avec de superbes reflets tuilés. Le nez me transporte en vallée du Rhône dans les caves de Monsieur Reynaud au château Rayas, tout y est la finesse, le côté tertiaire, mais aussi les fruits macérés, le nez est magique ! La bouche est suave et la texture soyeuse masquant la puissance réelle de ce grand vin taillé pour la garde. La complexité en bouche se mélange entre fruits à l’eau de vie et côté balsamique. Un vin magnifique et envoûtant ! 19/20.
C’est avec beaucoup d’émotion et d’interrogation que je me dirige vers le tonneau marqué Annate Riserva 2006.
Je vois encore la couleur du vin à travers la pipette, rien que cette couleur me donnait l’envie de l’observer pendant des heures. Parfois, on rencontre des vins qui ont un bouquet tellement complexe qu’aucun arôme ne prédomine sur un autre. Pour ce vin, cette alliance merveilleuse produit une palette aromatique variée, comme les champignons et les bois précieux. La bouche est somptueuse, digne des plus grands vins que j’ai eu occasion de déguster, digne de l’équilibre des grands Musigny. 20/20.
Afin d’avoir une idée plus complète de la production des vins de la région de Toscane, plus précisément de la région de Montepulciano et de Montalcino, je suis allé faire beaucoup de dégustations dans des enoteca. Voici une petite liste des différents vins que j’ai dégustés pour se rendre de compte des différents styles et montrer quelques belles découvertes.
Notamment cette magnifique dégustation comparative de quatre des plus grands vins d’Italie.
Biondi Santi – Brunello Di Montalcino 2004
Couleur : assez peu soutenue avec des reflets tuilés.
Nez : beaucoup de finesse sur une belle évolution, avec des notes de céleri branche qui donne de la fraîcheur au vin et du relief.
Bouche : attaque délicate, suave et basée sur grande digestibilité, l’équilibre est parfait autant du point de vue de l’aromatique que de la structure. Très beau vin de caractère. 17,5/20.
Tenuta San Guido – Sassicaia 2008
Couleur : sombre et profonde.
Nez : belles notes de fruits rouges très mûrs donnant une légère sensation de sucrosité.
Bouche : délicate dans un premier temps, puis le vin révèle rapidement une belle puissance, le tout dans un équilibre laissant apparaître une palette de fruits noirs et de sous-bois. La bouche est fabuleusement suave et délicate. Magnifique vin. 19,5/20.
Tenuta Dell’Ornellaia – Ornellaia 2008
Couleur : très foncée et profonde.
Nez : ce vin laisse apparaître des notes assez confiturées avec des notes de jacinthe et d’iris.
Bouche : l’attaque est puissante et montre une structure tannique très importante, avec des amers rendent la finale un peu sèche. Un vin bien fait mais assez moderne. 15/20.
Dal Forno Romano – Valpolicella Superiore 2005
Couleur : noir encre et impénétrable !
Nez : puissance aromatique très intense sur des notes de menthe et de caramel.
Bouche : l’attaque est sur une sensation de sucrosité et très tannique, voire asséchante en milieu de bouche. Les arômes évoquent plus un vin démonstratif de l’outre-Atlantique qu’un vin d’Italie. Un vin très décevant pour la notoriété de ce domaine. 13/20.
Mais aussi …..
Poggio Di Sotto - Rosso di Montaclino 2006. 18,5/20, superbe vin équilibré.
Sesti Castello Di Argiano - Brunello di Montalcino 2006. 19/20, magnifique vin.
Siro Pacenti Pelagrilli - Brunello di Montalcino 2006. 17,5/20, délicat et fin.
Col d’Orcia - Brunello di Montalcino 1995. 19/20, splendide évolution.
Salicutti Piaggione - Brunello di Montalcino 2006. 17,5/20, grand équilibre.
Isole e Olena - Chianti Classico 2008. 17/20, superbe Chianti Classico.
Sestadisopra - Rosso di Montalcino 2009. 14/20.
La Ciarliana - Vino Nobile di Montepulciano 2007. 13/20.
Nostra Vita - Rosso di Montalcino 2009. 14/20.
Poggialgallo - Rosso di Montalcino 2009. 9/20.
Valdipiatta - Vino Nobile di Montepulciano 2008. 13/20
Avignosesi - Vino Nobile di Montepulciano 2007. 16/20
Poliziano Asinone - Vino Nobile di Montepulciano 2006. 15,5/20
Les vins de Brunello sont pour moi des vins beaucoup plus intéressant que les vins de Vino Nobile. Leur complexité aromatique et leur structure leur donnent beaucoup plus de charme et de profondeur car le terroir semble marquer beaucoup plus les vins.
Petit rappel pour les caractéristiques d’agrément des vins :
Vino Nobile di Montepulciano DOCG
Cépage : sangiovese 100 %
Vieillissement obligatoire sous bois : 2 ans en fûts de chêne
Vieillissement obligatoire en bouteilles: 6 mois
Disponible à la vente : 3 ans après l'année de vendange (4 ans pour le Riserva)
Brunello Di Montalcino DOCG
Cépage : sangiovese 100 %
Vieillissement obligatoire sous bois : 2 ans en fûts de chêne
Vieillissement obligatoire en bouteilles: 4 mois (6 mois pour la Riserva)
Disponible à la vente : 5 ans après l'année de vendange (6 ans pour le Riserva)
Ce séjour en Italie avec la rencontre de différents
vignerons était très intéressant.
Le premier point important est la qualité des vins produits dans ces deux régions viticoles et la philosophie avec laquelle les vignerons travaillent et élaborent leurs vins. Notamment, ce que j’ai remarqué dans pratiquement tous les domaines, c’est la façon dont les vignerons sont proches de leur terre, ils parlent d’eux comme de paysans ou de fermiers travaillant la terre de la ferme et de leurs ancêtres. Le rapport avec la terre et l’histoire de la famille y est très important. J’ai ressenti beaucoup de sincérité et de respect dans leur discours concernant leurs vins.
Le deuxième point qui me viens immédiatement à
l’esprit est l’équilibre, la digestibilité, la suavité et la complexité aromatique de tous ses vins dégustés en Piémont et en Toscane. Il va de soit que dans une région aussi ensoleillée qui donne régulièrement des vins en moyenne entre 14 et 15% vol, nous nous attendions à des vins plus puissants que délicats, mais c’est bien souvent l’inverse !
En effet l’équilibre est très souvent au rendez-vous donnant des vins d’une extrême digestibilité et suavité. Je pense que ce qui permet à ces cépages, le nebbiolo, le sangiovese, et aussi le barbera, un tel équilibre est dans un premier temps le caractère acide très important au départ, frôlant bien souvent les 6 à 6,5 gr d’acidité par
litre. Le deuxième point non négligeable que j’ai observé
est l’élevage. Ce point est surtout très important pour le nebbiolo et le sangiovese, ces deux cépages montrent, malgré leur équilibre acidité / alcool de départ, une structure tannique très importante due à l’acidité haute qui créée un rôle de révélateur de tannins et rend donc les vins un peu asséchants dans leur prime jeunesse. L’élevage long pour le Brunello, le Vino Nobile et le Barolo devient donc très important. Les phénomènes d’oxydoréductions et d’échange gazeux à travers les parois des foudres vont permettre aux vins de se bonifier et donc d’atteindre un équilibre structural et aussi un potentiel aromatique des plus complexes. Les vins produits dans ces régions peuvent subir des périodes d’élevage allant de deux ans minimum en foudre mais pouvant atteindre parfois 5 à 6 ans pour certains vins qui ont un gros potentiel au départ. L’élevage reste pour ma part les clés importantes de la qualité et la complexité des vins de ces régions.
Inutile de vous dire qu’après ce pèlerinage en Italie et ces belles découvertes beaucoup de ces vins seront disponible courant septembre 2011 à la cave …
Bonnes découvertes !
Fabrice

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